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Le cohoming : travailler chez et avec les autres

cohome

Lors des Sociétales, déroulées en mars à Bordeaux, j’ai eu le plaisir de rencontrer et d’interviewer Laura Choisy sur le plateau télé. Fan du projet qu’elle était venue présenter, j’ai souhaité réinterviewer cette start-uppeuse qui a imaginé une nouvelle façon de travailler : le cohoming !

Né en région parisienne, le cohoming a fait son tour de France en juin et juillet, et commence désormais à s’implanter dans les grandes villes. Fin septembre, la plateforme a été lancée, on peut désormais s’y inscrire. Suite à cette actualité, j’en ai profité pour rappeler Laura afin qu’elle me raconte plus globalement d’où elle est partie avant de créer sa société et ce qu’il en est aujourd’hui. Bonne lecture !

Laura, tu es une jeune entrepreneuse qui a créé une plateforme permettant de faire du « Cohoming ». Peux-tu m’expliquer qui tu es, d’où tu viens et comment as-tu eu cette idée de créer ce concept ? 

Je suis donc la présidente de la SAS Cohome. J’ai un parcours pas très commun. J’ai commencé par des études d’art contemporain, spécialisées dans la médiation culturelle en art vidéo, en Haute-Savoie, à Annecy-Le-Vieux. Ce que j’aimais avant tout c’était la transmission, la sensibilisation à des sujets qui m’intéressaient – en l’occurence l’art – sauf que je me suis rendue compte à travers plusieurs stages que le milieu de l’art n’était pas du tout fait pour moi malheureusement. J’ai donc décidé d’élargir mes compétences en continuant mon cursus en communication et marketing puisque j’avais une dominante en communication culturelle dans mon cursus d’art contemporain. J’ai orienté toute la suite de mes études, dans les mémoires à réaliser, ou dans tous rendus qu’on devait faire en cours, autour de la problématique du développement durable et humanitaire, protection de l’environnement. J’ai continué mon Master 2 en Australie, sur la côte Est, où j’ai orienté tout mon sujet de fin d’études sur ce qui influençait les comportements pro-environnementaux. C’était très sociologique, je me suis beaucoup amusée. J’ai rarement appris autant de choses, cela m’a beaucoup passionné.

Puis je suis rentrée en France. Il a fallu que je trouve mon premier boulot. Mes parents sont entrepreneurs. Ils ont créé leur entreprise de mécanique à partir de rien car ils n’avaient pas fait d’études. Et du coup, du fait de les avoir toujours vus entrepreneurs, je ne me suis jamais vraiment projetée en tant que salariée… Mais il a bien fallu que je commence quelque part. Donc j’ai travaillé pendant 4 ans dans plusieurs agences de communication, majoritaiment orientées sur des sujets développement durable, associatif, économie sociale et solidaire… Et en fin 2014, le bilan tombe : j’avais déjà changé 4 fois d’entreprises, où je ne me sentais jamais à ma place, même si ça se passait bien.

J’ai donc décidé de toute quitter parce que, en parallèle de ma dernière année de salariat, j’ai commencé à monter une boite qui s’appelle Job4change, qui est un site qui existe toujours d’ailleurs. Nous étions 2 à l’époque. Avec la fondatrice, qui est une amie, on avait décidé de travailler ensemble et finalement, notre collaboration n’a pas fonctionné. Et fin 2014, je me suis dit : « bon, je ne me sens pas bien du tout en tant que salariée, j’ai eu un expérience en parallèle dans l’entrepreneuriat, alors je n’ai qu’à y aller : je lance mon activité de freelance parce que je n’ai pas de projet pour l’instant ».

Donc j’ai commencé en tant que freelance dans la communication web pour le secteur associatif en janvier 2015 et je me suis très vite rendue compte que je me sentais un peu seule chez moi. Le coworking c’était top, mais trop cher. Je n’avais pas les moyens de dépenser de l’argent là-dedans. Je démarrais une activité, donc je n’avais pas du tout de revenus suffisamment importants pour pouvoir dépenser 350€ par mois dans un lieu de coworking. Et je me suis dit aussi : « les cafés c’est bien mais je suis quand même seule : quelle peut donc être la solution ? » La solution qui apparaissait était donc de travailler chez moi… mais pas seule ! Je me suis dit que ce serait vraiment bien de pouvoir créer un réseau de proximité avec des personnes dans la même situation que moi. Puis, j’ai abordé le sujet avec des gens qui faisaient le même métier ou qui étaient indépendants. Et je me suis rendue compte qu’on avait tous ce même problème. J’ai donc commencé à faire du « cohoming » chez moi. J’ai d’ailleurs inventé le terme et je me suis dit : « aller, ça a l’air d’être un bon créneau, je vais m’y consacrer ! »
Et depuis, je m’y consacre. Ça a commencé en novembre 2015, date de la création de la société.

Travailler chez les autres en chaussettes, c'est quand même chouette !

Donc, tu es devenue la première « Cohomeuse ». L’activité a démarré en région parisienne… 

Oui, ça a démarré en région parisienne. J’habite à Courbevoie à côté de la Défense. Démarrer dans le territoire où j’habitais me paraissait logique. Cette année, en juin et en juillet, on a fait un tour de France du cohoming pour développer les communautés locales. Nous avons été à Lille, Nantes, Bordeaux et Lyon où nous sommes restées, mon associée et moi, durant 2 semaines à chaque fois dans l’objectif de faire connaître le concept du cohoming et le faire adopter.

Cohomez partout !

Concrètement, le cohoming : comment ça fonctionne ? Cela s’adresse à qui ?

Aujourd’hui Cohome est un site Internet, qui s’apparente comme un site de petites annonces. Si tu souhaites accueillir des personnes chez toi, il suffit de poster une annonce en ligne. Tu inclus des photos, tu indiques si tu proposes du thé, du café, et tu renseignes tes disponibilités. Par exemple, si tu souhaites accueillir des gens demain, ou dans un mois, tu peux activer ton annonce quand tu veux. Et en parallèle, dès que des gens voient ton annonce, ils peuvent te demander de venir chez toi. Tu peux potentiellement recevoir des demandes de Mme. Dupont ou M. Michu qui te demandent de venir cohomer chez toi. À toi d’aller prendre connaissance de leur profil pour voir si tu as envie de recevoir ces personnes ou pas. Il n’y a aucune obligation : tu acceptes ou tu refuses en ligne.

Quel est le profil type d’un cohomeur que l’on retrouve sur le site ?

Je dirais que le profil type c’est quelqu’un entre 25 ans et 35 ans. Les cohomeurs actuels sont plutôt des personnes qui exercent des professions avec un ordinateur. Ça va du développeur au community-manager, il y a aussi des architectes…
On a vraiment tout type de métiers, et c’est ça qui est intéressant.

On parle beaucoup de travail à distance, qui s’exerce notamment dans les espaces de coworking.
En quoi faire du cohoming est-ce différent d’investir un lieu de coworking ?

Aujourd’hui, le coworking est quelque chose d’assez simple : il y a des bureaux partagés par des professionnels qui ne se connaissent pas et qui sont globalement indépendants. En face, le cohoming ne répond pas du tout aux mêmes besoins que le coworking. On n’a pas forcément besoin d’avoir un bureau qui est fixe quand on est freelance puisqu’on peut avoir besoin d’aller travailler chez le client, ou bien, on peut répondre à des offres qui ne sont pas très régulières… Et de ce fait, l’engagement dans un espace de coworking reste impossible car ce sont des frais fixes, qui ne sont pas vraiment représentatifs de la réalité. Le cohoming c’est une solution qui est complètement souple : il n’y a pas d’engagement, pas d’abonnement, il n’y a pas d’obligation à l’utiliser parce qu’on l’active quand on en a besoin. Alors que le coworking c’est rattaché à un territoire fixe, à une pièce, à un lieu finalement. Alors que le cohoming, c’est un particulier qui va vous accueillir. On n’est pas un concurrence, loin de là. On vient plutôt apporter une brique supplémentaire à la possibilité de travailler en réseau quand on est indépendant, qu’on soit entrepreneur, demandeur d’emploi ou étudiant entrepreneur.

Quand on est en coworking, au fur et à mesure, on va souvent travailler avec les mêmes personnes. Dans le cohoming, on va rencontrer des gens qui sont totalement différents : on va travailler peut-être une demi-journée chez quelqu’un et prévoir que l’après-midi, ce sera chez quelqu’un d’autre. On va pouvoir rencontrer des gens plus facilement. Et pour les personnes timides, faire du cohoming peut être plus simple dans un premier temps parce qu’on est forcément un petit groupe de 2, 3 ou 4 personnes, parfois plus ou parfois moins. Alors que dans le coworking, ça peut être intimidant pour certaines personnes. Lorsqu’elles arrivent dans un coworking peuplé de 40 personnes, c’est pas évident parfois. On ne répond pas tout à fait à la même problématique. Moi qui suis la première cohomeuse, ça ne m’empêche pas d’avoir envie d’un bureau quelque part. Et pourtant, je sais que même si j’ai un bureau quelque part, j’irai quand même cohomer parce que je n’aurai pas la même chose en cohomant que dans un lieu de coworking. On sort de sa routine, ça permet de rencontrer d’autres personnes !

Et ça permet de travailler… en chaussons ? 

Oui ! Ou en chaussettes ! C’est frocément plus convivial.

Tous autour de la table, c'est studieux !

Comment ça se passe pour les hôtes ? Sont-ils rémunérés ?

Aujourd’hui le cohoming ne peut se faire qu’à la journée : on ne peut pas réserver pour plusieurs jours. Parce que c’est chez un particulier : si on travaille chez un particulier, on ne va pas y laisser ses affaires. C’est forcément une réservation à la journée.

Pour la rémunération, nous parlons plus d’indemnisation. L’hôte, lorsqu’il indique qu’il peut accueillir chez lui, demande une indemnisation. Le cohomeur a des obligations à respecter : il doit être présent, il doit offrir du café et du thé à volonté et doit offrir une table et une chaise. Pour le service offert, l’hôte peut demander une indemnisation qui va jusqu’à   10 euros maximum par jour. Moi par exemple, en tant qu’hôte, je demande 3 euros. Et la personne vient quand elle veut : à 9h, à midi, à 16h. J’indique juste que la journée se terminera à 18h.

Le site prend une commission lorsque le visiteur va réserver. Par exemple, moi, en tant qu’hôte, je demande 3 euros. Un visiteur veut venir travailler chez moi : il va réserver et il va s’acquitter de 3 euros et au moment du paiement, il va y avoir un euro symbolique complémentaire qui sera ajouté. Donc, en tant que visiteur, je paye 4 euros et pas 3 euros. Cet euro est fixe. C’est constant. Si par exemple un hôte demande 5 euros, le visiteur va payer 6 euros.
C’est quelque chose qui va évoluer parce que plus les gens demandent de sous pour accueillir des gens chez eux, plus ça coute cher à la société. Nous allons peut-être faire évoluer le modèle pour que ceux qui demandent le plus de sous payent aussi une contribution. L’objectif du système est qu’il doit être le plus accessible et le plus solidaire au plus grand nombre de gens.

Avec ces évolutions des modes de travail, que nous soyons salariés, indépendants, entrepreneurs, comment vois-tu cette évolution demain ? On associe souvent travail à distance et productivité démultipliée. Quel est ton constat et ta perception de l’avenir ?

Je pense que le travail comme il est aujourd’hui va forcément évoluer. Aujourd’hui, nous avons un héritage d’une société paternaliste, hiérarchique et pyramidale. Il y a une personne à la tête puis toutes les personnes en-dessous qui espèrent gravir les échelons. Cela impacte forcément le milieu du travail. Puis le code du travail français est quand même très compliqué, laissant peu de flexibilité aux entreprises. Car même si une entreprise souhaite faire faire du télétravail, il va falloir négocier avec le comité d’hygiène et sécurité, avec les syndicats selon la taille de l’entreprise… Et même lorsqu’on veut donner de la liberté sur l’organisation du temps de travail, il nous reste un code du travail français très contraignant.
Donc je pense déjà que, s’il y a une précarisation du monde du travail, c’est lié à ça. Parce que les entreprises ont besoin de souplesse d’un côté ! Nous ne sommes plus dans les 30 Glorieuses où on pouvait voir des perspectives de croissance sur 6 mois, 1 an, 2 ans. Aujourd’hui, le business n’a rien à voir avec ce que c’était il y a 50 ans. Nous avons besoin d’avoir des modèles qui sont plus souples et la précarisation du mode de travail est un problème d’un côté mais aussi une opportunité. Pour moi cette opportunité c’est justement le fait de pouvoir développer les communautés de travail, de valeurs, qui sortent du cadre traditionnel de l’entreprise.

Qu’est-ce que le travailleur peut voir de différent ? Plus de bonheur ? De satisfaction dans son travail ?

J’avais tendance à avoir ce discours de bonheur au travail, d’épanouissement. Aujourd’hui, je pense qu’il faudrait analyser cela de manière plus globale et holistique. C’est ma perception, mais je me dis qu’aujourd’hui, on a besoin d’avoir une séparation entre vie professionnelle et vie privée. Au même titre que nous avons besoin de faire des breaks quand on s’investit trop dans une activité. Par rapport à ce qui se passe dans le monde du travail, dans l’augmentation de professionnels indépendants, nous avons envie d’avoir une vie qui correspond plus à un idéal. Nous souhaitons exercer des activités au quotidien, porteuse de sens. Que ce soit au travail ou dans un activité privée.

Aujourd’hui, le cohoming est un moyen de rassembler les gens, de faire se rencontrer la diversité, de faire se rencontrer des gens qui n’auraient pas moyen de se rencontrer autrement alors qu’ils sont voisins. Et c’est ça qui est vraiment dommage : être dans un monde hyper connecté et ne pas avoir la possibilité de se connecter à son voisin. Il y a énorémment de start-ups qui se développement dans ce sens là. Il faut être productifs mais aussi trouver du sens dans ce qu’on fait. Quand on est aligné, tout s’aligne pour trouver ce qui nous permet d’évoluer dans le bon sens. Les machines qui font un travail sous-qualifié vont se développer de plus en plus : il va y avoir une crise massive du travail d’ici 2020 avec des millions d’emplois qui vont disparaître et qui ne seront pas remplacés… Qu’est-ce qu’on peut faire aujourd’hui à part créer du lien social pour que les gens se retrouvent, communiquent, trouvent des solutions ensemble, trouvent comment faire avancer la société tout en se faisant avancer ?

Donc finalement, je vais un peu plus loin que l’idée du bonheur au travail, parce que pour moi c’est une question de société : il faut qu’on arrive à créer un modèle social qui permet d’aller plus loin.

C’est quoi l’actualité chaude de Cohome ? 

Le site a été lancé jeudi 29 septembre ! Nous avions organisé la toute première édition du Freelance Day ce jour-là. L’objet de cet événement c’est qu’on est partis d’un constat : on s’est rendu compte que beaucoup de freelances rencontrent les mêmes problèmes : comment bien prospecter, comment gérer la comptabilité sans se prendre la tête, comment être bien assuré quand on est professionnel… Pendant le Freelance Day, on a donc voulu créer du lien via du networking et via des conférences sur ces thématiques.
Ce jour-là, on en a profité pour annoncer le lancement de la première version du site Cohome.in.

Merci à Laura pour sa disponibilité !
Et vous maintenant, et si vous « cohomiez » ? Franchirez-vous le pas ?

Cohome.in

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