Découverte Inspiration

Changer le monde : facile !

changerlemonde

Pour commencer l’année, j’ai repris les interviews mensuels !
Et en janvier dernier, j’ai eu le bonheur de m’entretenir avec Pierre Chevelle.
Quoi, tu vois pas de qui je veux parler ? C’est un auteur-entrepreneur qui vient de sortir le deuxième tome de la série de livres  » Changer le monde en deux heures « , véritables guides pratiques qui t’expliquent par quoi commencer si tu souhaites t’engager 30 secondes, une heure, une journée ou plus, dans une cause sociale, solidaire, environnementale ou éthique.

Et après, deux bouquins, Pierre a décidé d’ouvrir sa chaîne Youtube.
À l’aube d’une grande année de projets, rencontre avec un auteur-entrepreneur-youtubeur qui nous aide à contribuer à la construction d’un futur souhaitable !

Salut Pierre ! Peux-tu commencer par te présenter et nous raconter un peu d’où tu viens ?

Je m’appelle Pierre Chevelle, j’ai 26 ans et je suis auteur-entrepreneur.
J’écris une série de livres qui s’appelle « Changer le monde en deux heures », qui rassemble des moyens simples et rapides pour agir en faveur des autres et de la planète.
J’ai commencé par faire des études très généralistes : des classes préparatoires à l’école de commerce. Puis, je me suis rendu compte que je ne serai jamais heureux dans les métiers présentés à la sortie de l’école de commerce. Pendant 2, 3 ans, j’ai fait une dépression : je cherchais désespérément à rencontrer des gens qui faisaient des choses ayant plus de sens, que juste enrichir des actionnaires ou vendre un maximum de yaourts. Donc à force de chercher, j’ai fini par découvrir l’entrepreneuriat social : tout un écosystème de projets solidaires qui essaie de réconcilier le social et le business.  Le modèle économique existant sert à résoudre un problème de société, concret et évident, que ce soit les personnes sans-abri, l’intégration des personnes réfugiées, les inégalités salariales ou le réchauffement climatique. J’ai fait des stages, travaillé en contrats freelance, et été bénévole dans le secteur. Et ça me plaisait de plus en plus !
Par ailleurs, il se trouve que j’adore écrire ! Puis je me disais « j’ai quasiment passé 3 ans à trouver ce qui me faisait vibrer, et je sais qu’il y a des gens qui cherchent aussi à agir,  mais ils passeront à côté, parce qu’ils n’ont pas les bonnes portes d’entrée ». Ça me rendait dingue de savoir qu’il y a autant de gens qui, comme moi, ont envie de faire bouger les choses, mais ils ne le font pas : soit parce qu’ils ne savent pas que ce genre de projets existe, soit parce qu’ils ne savent pas qu’on peut aussi agir à son échelle. Ils imaginent que c’est très chronophage. D’où l’idée du premier tome qui rassemble des micro-engagements qui sont de véritable moyens hyper rapides d’agir à son échelle. Je l’ai écrit durant ma dernière année de Master. L’idée était de l’écrire avant d’avoir un vrai job dans une association ou une entreprise sociale. J’ai lancé une campagne de crowdfunding et 800 livres ont été pré-commandés. J’étais ravi ! Je me suis dis alors qu’il y avait peut-être moyen de créer mon propre job autour de ça. Ça c’était il y a 2 ans. Maintenant, le but c’est d’écrire un livre par an.
Le tome 2 est donc sorti en novembre, qui met en avant 10 nouveaux projets sociaux et environnementaux auxquels il est facile de contribuer.

Tu as dit dans un TEDx : «  ¾ des jeunes veulent s’engager, mais seulement 15% passent à l’action ». Grâce à tes livres et à la demande qui grandit, penses-tu qu’aujourd’hui, les gens commencent à enfin savoir comment s’y prendre ?

Aujourd’hui, j’en suis à plus de 5000 lecteurs. Il y en a certains qui me racontent régulièrement comment ils passent à l’action : ils ont testé soit des choses qui sont dans le livre, soit le livre leur a donné envie de se reconvertir ou de s’orienter vers des filières plus solidaires, plus éthiques. Ou bien, ils ont testé d’autres micro-engagements existants autour d’eux, comme le fait de consommer plus local, de rejoindre un jardin partagé, de mettre en place un compost chez eux, de donner leur sang…
Il y a clairement une évolution dans l’accès à la bonne information. Ne pas savoir que c’est possible, pour certaines personnes, est un frein dans le passage à l’action.

Pierre Chevelle

Peut-on dire que le deuxième tome a été influencé par le contexte mondial actuel – crise des migrants, montée des nationalismes… – et les micro-engagements que tu cites peuvent-ils contribuer à solutionner ces problèmes ?

Oui ! Je parle notamment de Coexister, une association qui travaille sur le lien inter-religieux. Son constat c’est qu’il n’y a pas d’espace de dialogue entre les personnes qui n’ont pas les mêmes croyances, la même religion… L’association organise ainsi des ateliers de déconstruction des préjugés dans des lycées ou dans des écoles. Elle mène de nombreuses actions solidaires comme par exemple, l’organisation d’une maraude en présence d’un juif, d’un musulman, d’un chrétien, d’un agnostique et d’un athée. Avec les attentats survenus en France, ça reste un sujet crucial : recréer du lien non pas à cause, mais grâce à nos différences religieuses. Il existe aussi le Couchsurfing. On ne le voit pas forcément comme un projet solidaire parfois. Tu vas faire confiance à un inconnu, soit lorsque tu vas chez lui ou pour l’héberger chez toi, et qui peut être issu de n’importe quel environnement culturel. Plein d’études montrent que le couchsurfing rend le voyage accessible. Et, selon cette même étude, voyager permet de réduire significativement les préjugés concernant les personnes qui n’ont pas la même culture ou la même nationalité que soi. On a beaucoup plus confiance en les inconnus quand on voyage davantage.
Après, les livres sont relativement intemporels mais j’essaie de répondre aux sujets d’actualité parce que c’est là où il y a un gros besoin d’agir.

Changer le monde en deux heures, les livres

Vas-y, clique sur l’image, ça rend heureux !

 

Pourquoi avoir titré « Changer le monde en deux heures » ? Deux heures… Tout le monde peut prendre deux heures pour changer le monde !

C’est une très bonne question ! D’un côté, il y a des problèmes qui semblent impossibles à résoudre, qui nous écrasent et dont on ne sait pas par quel bout les prendre. On se dit « qu’est-ce que moi, petit citoyen lambda parmi 7 milliards d’autres, qu’est-ce que je peux faire à mon échelle ? ».
Du coup, le but est de reconnecter ces énormes enjeux qui nous dépassent largement à notre petit quotidien en les décomposant en micro-engagements. L’objectif est de montrer qu’aujourd’hui, que ce soit des choses qui prennent 20 secondes comme faire un don gratuit ou 20 minutes à passer chez Enercoop, fournisseur d’électricité 100% renouvelable, il y a plein de choses qu’on peut faire un peu, mais plus souvent. Et si on multiplie par des millions de personnes, alors oui, ça a un impact énorme et ça contribue à résoudre un problème de société.
C’est comme faire le trait d’union entre quelque chose d’énorme et quelque chose de tout petit qu’on peut s’emparer concrètement. Le fait de contribuer à un projet qui existe déjà et auquel des milliers de personnes contribuent, c’est hyper enthousiasmant. Si on est nombreux, on peut montrer l’exemple et ça peut commencer à peser sur la résolution d’un problème.

Comment présentes-tu ces micro-engagements dans les livres ? En quoi est-ce hyper facile de se les approprier ?

Sur chaque chapitre, c’est le même format. D’abord, j’explique le projet et son origine : d’où vient-il, quel impact a-t-il, quel est son enjeu, sa cible.
Et la deuxième partie est plus opérationnelle, à destination du lecteur.
Maintenant que tu as compris que ce projet est utile, comment peux-tu t’y engager. Et concrètement, quel temps cela va te prendre, par quel parcours utilisateur vas-tu passer, quelles sont les étapes qui t’attendent et les éventuels freins. Cela permet aux lecteurs de pouvoir se projeter concrètement dans ce qui va leur être proposé, pour qu’ils sachent où ils mettent les pieds. Aujourd’hui, les gens sont très sollicités : on leur vend du rêve autour d’un projet, on va les inspirer et on va rarement leur dire ce qu’il va se passer concrètement. Or, si on faisait ça davantage, les gens pourraient mieux se projeter. Ce travail pré-mâché leur fait gagner du temps pour passer à l’action.

C’est quoi un « auteur-entrepreneur » ?

Je suis devenu même auteur-entrepreneur-Youtubeur !
Je viens d’ouvrir une chaîne Youtube « Changer le monde en deux heures » sur laquelle je publie des interviews d’entrepreneurs sociaux, pour raconter l’envers du décor des projets solidaires. L’objectif de cette chaîne est de faire découvrir plus de micro-engagements.

 

Et pour répondre à la question : je suis en auto-édition. Donc ça signifie que c’est moi qui fait imprimer mes livres et qui les diffuse ensuite.

Peut-on teaser sur le tome 3 ?

C’est très tôt ! (rires)

Alors, peux-tu nous parler ton année 2017 ?

J’ai une activité assez saisonnière.
À partir d’avril-mai, je vais commencer à écrire sérieusement. Il y a toujours 5 mois de création de livre, qui va de la sélection des micro-engagements, de l’écriture, de la rencontre de projets, de graphisme, d’impression etc. Suivi ensuite, par le lancement du livre qui dure entre 1 et 2 mois.
Ma priorité aujourd’hui, c’est le lancement et la diffusion de la chaîne Youtube. Elle a pour objectif de toucher beaucoup plus de monde, qui ne soit pas forcément adepte du format livre, ou qui n’en a pas entendu parler. Et ça va aussi permettre de toucher les plus jeunes, très adeptes de la plateforme.
Je suis sur le gros chantier de création de la première chaine Youtube sur l’entrepreneuriat social qui a vocation à être jeune et pédagogique et qui fasse découvrir aux gens des micro-engagements qui ne connaissent pas forcément. Ça va permettre de toucher le grand public et de sortir un peu de nos réseaux d’économie sociale et solidaire. À l’heure actuelle, je commence à mener des interviews de gens inspirants. Et il y a beaucoup de parallèles entre la création de vidéos et la création de livres, et ça m’amuse beaucoup. Lancée fin février, j’ai hâte de recevoir des retours des lecteurs ou des spectateurs !

Si tu avais un dernier mot à ajouter et à adresser à ceux qui vont nous lire… 

Je le dis souvent mais je pense que c’est tellement vrai : pour moi, s’engager ça rend heureux. Et rien que ça, c’est une raison suffisante pour tester des micro-engagements même si tu n’as pas une fibre éthique ou solidaire au début, mais qui se créé en cours de route. Quand tu commences à contribuer à des initiatives solidaires et à agir à ton échelle, quand tu rencontres des personnes géniales, tu apprends des choses sur les autres, sur toi même, tu vois la société autrement. Tu te rends compte que le système dans lequel nous sommes, peut changer et change en permanence. Ça dépend que de nous d’agir dessus ! Il existe plein de gens qui proposent des choses différentes et nous, à notre échelle, on peut faire pencher la balance vers un futur plutôt qu’un autre. En cours de route, tu peux rencontrer des gens qui sont passionnés par ce qui font, tu peux développer des compétences, ça peut aussi t’apporter des opportunités professionnelles, et puis, c’est gratifiant à de nombreux niveaux !
Avoir une discussion pendant une demi-heure avec une personne réfugiée qui a un quotidien complètement différent du tien, ça peut te bouleverser. Ou encore, si tu rencontres un producteur local, ça peut aussi changer ton regard sur l’agriculture. Je pense qu’on ne met pas assez en avant le plaisir de s’engager.

Découvrez le tome 1
Découvrez le tome 2
Changer le monde en deux heures est sur Facebook, Twitter et désormais sur Youtube.

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1 petit mot

  • Reply
    Pierre Chevelle
    10 mars 2017 at 11:30

    Au top ! Merci Laura pour cette belle interview 🙂 J’espère que ça donnera des idées à tes lecteurs !

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