Carnet de route

« Pardon », premier roman d’une jeune auteure

Erika boyer, auteure

Je me souviens d’un soir d’hiver. Nous sommes en 2015 et Noël approche déjà ! Je retrouvais mon amie Erika à la sortie du bureau. Rencontrée au collège puis perdue de vue après le lycée, à cause des chemins différents pris par chacune de nous. Puis finalement retrouvée, il y a presque 3 ans, grâce à Internet ! Nous parlions des cadeaux de Noël – il m’en manquait pleins ! – et de bouquins. Toutes deux passionnées par la lecture, nous échangions sur nos derniers livres lus et l’état de notre « PAL » ! Puis, Erika me dit :
« J’aime biens les livres qui parlent de sujets bizarres, étranges, limite tabous. J’aime bien quand l’environnement des personnages est perturbant, que l’intrigue n’est pas morale… »
Je crois lui avoir répondu que la littérature permettait d’ouvrir le champ des possibles, de nourrir un imaginaire fictionnel, comme on le voit au cinéma aussi.
« Tu vois, j’ai jamais lu un livre sur… sur l’inceste par exemple. Sur l’inceste entre un frère et une soeur« .
Et sans trop y croire, je lui réponds :
« Tu n’as qu’à l’écrire ! »

Plus d’un an après, je me revois dans le train, revenant sur Bordeaux, feuilletant Pardon, le premier roman d’Erika ! Quel chemin et quelle rapidité !

Pardon raconte l’histoire d’amour entre un frère et une soeur. Ce que l’on ressent au fil des pages, c’est le sentiment d’immoralité qu’éprouve le jeune homme, complètement pris d’amour pour sa petite soeur. « Pardon » de quoi ? « Pardon » à qui ? Un livre qui, à travers l’angle du frère, relate les différents sentiments, les malaises émotionnels, les inconforts vis à vis du cercle d’amis ou de l’entourage familial. Ce n’est pas un roman érotique ou violent. L’inceste décrit n’a jamais été forcé. Il est consenti et si l’on s’en tient à l’histoire d’amour, c’est – presque – normal.
Bien que le sujet ne m’enchantait pas beaucoup, j’ai pris plaisir à découvrir la plume d’Erika, son style. Une lecture aisée, fluide, toute en retenue parfois, délicate.

Erika a sorti son premier livre en autoédition.
Véritable vie d’auteure qui, je l’espère, s’ouvre à elle, j’ai eu la chance de l’interviewer, à la suite de la sortie de son premier roman pour découvrir en quoi, écrire, était devenu essentiel dans sa vie !
Bonne lecture !

Erika, peux-tu commencer par te présenter : qui es-tu, d’où viens-tu et depuis combien de temps écris-tu ?

Bonjour, je suis une femme dans l’année de ses vingt-sept ans qui vit aux environs de Bordeaux. Je partage ma vie depuis plus de sept ans avec un fiancé très compréhensif grâce à qui je peux aujourd’hui me consacrer uniquement à ma passion qu’est l’écriture.

J’écris depuis très jeune mais je n’avais encore jamais été jusqu’à rédiger un vrai manuscrit. Je me contentais de petits textes en accord avec mes sentiments du moment. Néanmoins, le goût de l’écriture a toujours été présent. 

Tu viens de sortir ton premier roman, « Pardon », disponible en téléchargement et à l’achat sur Amazon et Lulu.com. Peux-tu nous raconter ton histoire d’auteure ?

C’est plutôt amusant de te répondre à toi sur le sujet considérant que tout est parti d’une discussion que nous avons eue !

Erika Boyer

©  Erika Boyer

Même si j’ai toujours eu ce rêve un peu fou d’écrire un livre, je ne me suis jamais lancée. Je manquais de temps et j’étais en permanence trop stressée pour pouvoir me plonger dans l’écriture. Finalement, ma vie a pris un nouveau tournant et j’ai eu l’occasion de me remettre à écrire. Mais je ne l’ai pas immédiatement réalisé. C’est au cours d’une discussion avec toi, lorsqu’on parlait de livres et des sujets tabous que j’aimais voir exploités en littérature, que l’idée est venue. J’ai exprimé mon désir de lire une histoire d’amour entre un frère et une sœur, pour voir comment cela serait exploité, et je n’ai rien trouvé. Alors, une de nous (je ne sais plus laquelle) a dit qu’après tout, je pourrais l’écrire moi-même. Et c’est parti de là, tout simplement. Je n’imaginais pas que cela serait un tel tournant dans ma vie !

Parle-nous du sujet du roman et pourquoi ce choix ?

J’ai choisi de parler de l’inceste consenti car je sais que c’est un sujet extrêmement tabou dans notre société. Certains pensent d’ailleurs que c’est illégal et j’ai donc pris la peine de mettre une note à ce sujet au début de mon livre. Lorsqu’on parle d’inceste, on a tendance à penser immédiatement au viol incestueux dont les cas sont malheureusement assez fréquents. Hors, l’inceste peut être consenti et il n’est pas puni par la loi, même si le mariage est impossible.

Je soutiens l’amour sous toutes ses formes et je suis également contre le jugement. Ainsi, je ne suis absolument pas gênée par l’idée d’un frère et une sœur ayant une relation amoureuse. Je ne dis pas que je ne serais pas surprise si cela arrivait dans mon entourage, c’est un fait tellement rare que cela surprend forcément, mais je n’y verrais rien de malsain. Et même si je comprends que mon avis n’est pas partagé, j’avais envie de l’exprimer dans l’espoir d’offrir une nouvelle perspective aux gens sur le sujet. J’ai donc choisi d’aborder le thème de l’inceste d’une manière assez neutre, sans jugement.

Parle-nous de l’auto-édition : comment ça marche en fait ?

Il existe de nombreuses plateformes pour l’auto-édition. Je ne saurais pas dire laquelle est la meilleure mais je suis assez satisfaite de Lulu.com. Avec eux, il n’y a pas d’argent à débourser. Outre l’achat du premier exemplaire pour vérifier le contenu, le reste est imprimé à la commande et l’auteur n’a donc pas à avancer l’argent. C’était un point très important pour moi car je n’avais pas les moyens d’investir. Aussi, Lulu est une plateforme très simple à comprendre et à prendre en main. On peut également créer des versions numériques, les outils sont très intéressants. Le seul inconvénient reste qu’à chaque modification faite sur le fichier (même si c’est juste une lettre oubliée) il faut recommander un exemplaire pour le confirmer et les précédents commentaires et notes ne sont plus immédiatement affichés sur la page du livre. Mais à part ça, j’aime beaucoup.

C’est évidemment l’auteur qui fixe le prix et Lulu indique le revenu qu’il en tirera selon si l’achat se fait chez eux ou sur Amazon (cette plateforme si populaire se prend un pourcentage assez impressionnant). Enfin, le paiement s’effectue à chaque fin de mois. Tout est clair et vraiment facile à comprendre.

As-tu envoyé ton manuscrit à des maisons d’édition ?

Sans grand espoir, mais oui. J’ai beaucoup hésité car pour moi, ce roman est un véritable ovni. Sans même parler de talent (ou absence de talent), j’ai du mal à imaginer ‘Pardon’ entrer dans les lignes éditoriales que je connais. C’est, selon moi, un récit qui est trop particulier car lorsqu’un sujet aussi fort et tabou que l’inceste est exploité, on s’attend à du tragique et non à une histoire sans drame, simple. Mon roman est singulier, peut-être trop.

La suite de tes aventures, c’est quoi ?

Mon second roman sortira en juin, cette année, il s’agit d’une romance contemporaine que j’ai voulu plus légère et rafraîchissante. Les personnes de la région bordelaise retrouveront les plages de Lacanau qui m’ont personnellement vue grandir. En suivant, un récit érotique sortira sûrement dans l’année. Il ne sera définitivement pas tout public, plus brut même dans l’écriture, il visera un lectorat bien précis et je ne le conseillerais pas à tout le monde. Néanmoins, je prends beaucoup de plaisir à l’écrire à quatre mains avec mon amie !
Si tout se passe bien, j’aurai deux nouveaux romans pour 2018. Un sur lequel je vais commencer à travailler sous peu et un autre qui est en fait le spin-off du livre qui sortira cet été. Enfin, j’espère que mon amie illustratrice avec laquelle j’ai commencé un projet de livre pour enfant trouvera bientôt le temps pour qu’on puisse continuer à travailler dessus !

Est-ce qu’on peut te retrouver ailleurs que dans tes bouquins ?

À ce jour, je n’ai qu’une page Facebook mais je vais probablement créer un site d’ici la fin de l’année. Peut-être que je rejoindrai d’autres réseaux sociaux à ce moment-là !

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3 Tous les commentaires

  • Reply
    Erika
    7 mars 2017 at 09:03

    Je poste un petit commentaire inutile juste pour te remercier de nouveau pour cette interview !

  • Reply
    pauline
    25 avril 2017 at 14:20

    C’est un roman qui a l’air intéressant, en effet le sujet de l’inceste est tabou et dérangeant, pourtant bel et bien présent dans la littérature. Si l’on pense forcément à Game of Thrones, il y a aussi les Enfants terribles, de Cocteau, qui a une ambiance très étrange, intrigante, autour de l’inceste entre un frère et une sœur. C’est un tout petit livre qui se lit très vite, je le recommande pour ceux qui sont intéressés par ce thème 😉

    • Reply
      Laura
      25 avril 2017 at 15:20

      Je ferai passer à l’auteure cette indication ! Peut-être l’a-t-elle déjà lu d’ailleurs…
      Elle est également sur de nouveaux projets d’écriture, jeune auteure à suivre donc !

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